Leadership interculturel du Canada, à la France, à la Chine et au Canada de nouveau : Mon parcours Mitacs en tant que citoyenne du monde

01/16/2018
Par Justine Salam

À l’été 2016, j’ai occupé un poste rémunéré de trois mois en tant que mentor pour Mitacs dans le cadre duquel j’ai été responsable d’une équipe de cinq stagiaires chinois qui réalisaient de la recherche à l’Université de Waterloo. J’étais alors loin de savoir que, l’année suivante, je ferais un voyage autour du monde pour les revoir dans leur pays natal, la Chine. Mon expérience à Mitacs en tant que mentor m’a non seulement formée pour devenir une leader, une supportrice affective et une citoyenne du monde, mais elle nous a aussi transformés à mesure que nous évoluions du rôle de mentor-mentorés à celui de pairs.

Mon lien avec Mitacs a commencé avant mon rôle de mentor. En 2015, j’ai reçu une Bourse de recherche Mitacs Globalink pour travailler sur un projet de recherche à Sciences Po-Paris, France. J’y ai passé trois merveilleux mois, partageant mon temps entre la recherche du projet, le réseautage avec des collègues et l’exploration de la Ville lumière. Je me suis aventurée dans les bâtiments historiques de Sciences Po, transpirant dans la bibliothèque surchauffée et sirotant du thé dans les jardins. Après trois mois passés à Paris, j’ai rédigé un rapport, élargi mon réseau, enrichi mon expérience universitaire, découvert de nouvelles pratiques d’enseignement — et, bien sûr, pris quelques livres.

À mon retour au Canada, j’étais déterminée à entretenir ma relation avec Mitacs. J’ai consulté leur site Web, je me suis inscrite à leur bulletin électronique et j’ai gardé l’œil sur de nouvelles occasions. Il a fallu peu de temps pour que j’en découvre une : le Programme de stages de recherche Globalink était à la recherche de mentors pour aider la prochaine cohorte de stagiaires en matière de logistiques, d’activités sociales et d’autres besoins. Voilà le genre d’occasion que je recherchais.

J’ai passé une entrevue et le poste m’a été offert : j’allais devenir un mentor Globalink! Mitacs m’a chargée d’organiser des activités sociales et de fournir un soutien affectif et social aux stagiaires venant s’installer au Canada. À ma grande surprise, tous les stagiaires qui m’ont été affectés étaient de la Chine. « Eh bien, je me suis dit, aller manger à l’extérieur sera facile! » Mes stagiaires et moi avons échangé quelques courriels avant leur arrivée, j’ai préparé une trousse de bienvenue et, bientôt, ils allaient arriver au Canada.

Quatre étudiants et une étudiante, tous de brillants étudiants de premier cycle des meilleures universités de la Chine, et pourtant ils étaient intimidés par leur nouvel environnement. Quelques-uns d’entre eux avaient quitté la Chine pour la première fois pour ce voyage et le choc culturel était dur. J’ai essayé plusieurs stratégies de leadership pour instaurer du confort, y compris un mélange d’humour, de curiosité et de respect. J’ai fait des commentaires drôles sur ma propre expérience en tant qu’immigrante au Canada; je leur ai posé des questions sur leur vie en Chine pour créer un espace sécuritaire pour qu’ils puissent partager leurs expériences; et, finalement, j’ai écouté et observé attentivement.

Malgré mon rôle à titre de mentor, notre relation reposait essentiellement sur un respect mutuel : j’ai reconnu très tôt qu’ils avaient des souhaits différents (et parfois contradictoires), alors je me suis assurée que le groupe se sente valorisé et que je m’occupais bien d’eux, prenant le temps de rencontrer chaque stagiaire individuellement. J’ai coordonné mon horaire chargé de candidate au doctorat aux leurs le plus possible, mais je leur ai donné assez de temps seul pour qu’ils puissent vivre leurs propres expériences. Mon enthousiasme était apparemment contagieux parce qu’il a fallu peu de temps pour que leur gêne se dissipe, et j’ai réalisé qu’ils étaient aussi excités d’être au Canada que je l’étais d’être leur mentor.

En plus de croître en tant que leader, cette expérience m’a transformée : je suis passée d’une personne qui reçoit des conseils à celle qui en fournit. J’ai longtemps demandé et reçu des conseils, de la supervision et du soutien à l’université et ailleurs, j’ai même aidé les étudiants étrangers à s’orienter dans l’environnement universitaire.

Mais mon expérience en tant que mentor Mitacs a été complètement différente : j’étais la source principale d’appui affectif et logistique, le « visage humain » de leur cheminement au Canada. J’ai réalisé à quel point ils comptaient sur moi au début, mais au lieu de trouver ce défi intimidant, ça m’a encouragé dans mon rôle de mentor : les stagiaires se fiaient à moi et je n’allais pas les décevoir.

En premier, nous avons mangé la plus grande pointe de pizza qu’ils avaient jamais vue — mon activité brise-glace préférée parce que personne n’a l’air sérieux quand il mange de la pizza. Bientôt, je répondais à leurs questions sur tout, de l’admission aux études supérieures aux meilleurs restaurants chinois en ville. 

Une partie de mon rôle en tant que mentor de la Stage de recherche Globalink exigeait l’organisation de deux activités sociales : j’ai décidé de coordonner un barbecue avec deux autres mentors et leurs stagiaires respectifs, ainsi qu’une excursion en auto jusqu’aux chutes Niagara. Mes stagiaires se sont rendus jusqu’au pied des chutes en bateau et sont revenus trempés, mais fous de joie. Encouragée par le succès de ces deux premières activités, j’ai décidé d’en organiser une troisième dans une aire de conservation locale, où une carrière de calcaire abandonnée avait été transformée en petit lac de baignade. Pour la majorité du groupe, ce serait leur toute première baignade en nature...

Tout au long du stage, je me suis assurée que mes stagiaires auraient de multiples occasions pour contribuer à nos échanges et partager leurs propres traditions. Lors de l’une de ces occasions, ils m’ont invité à un « vrai » restaurant chinois à Waterloo, où ils ont commandé des spécialités de leurs régions d’origine et m’ont bombardé d’information culinaire, en insistant sur les différences entre les régions de la Chine. Nous avons mangé en « style familial » et j’ai été instruite sur l’étiquette chinoise. Cette expérience de partage culinaire m’a permis de comprendre l’importance de la collectivité dans la culture chinoise et le rôle central qu’occupe la nourriture pour rassembler les gens.

Plusieurs soupers, jeux de cartes et baignades plus tard, le séjour de mes stagiaires au Canada a pris fin. J’ai senti un tourbillon d’émotions : de la satisfaction, mais aussi de la tristesse à l’égard de leur départ prochain. Les stagiaires étaient devenus une partie intégrale de ma vie et notre relation s’était épanouie en un lien fondé sur la confiance et le respect mutuels. Ayant déjà été à leur place (et ayant tiré profit de mes propres mentors non officiels lorsque je suis arrivée au Canada la première fois), j’étais heureuse de pouvoir donner au suivant et d’encourager la citoyenneté mondiale chez d’autres.

La semaine passée, j’ai organisé un souper d’adieu que nous avons collectivement cuisiné. J’ai préparé un petit cadeau pour chacun d’eux contenant une photo encadrée de nous tous ainsi qu’une pierre peinte à la main. Pendant le dessert, je leur ai demandé ce qu’ils avaient acquis de ce stage et leur réponse m’est restée jusqu’à ce jour. Ils ont exprimé leur sentiment d’avoir « grandi » et mûri. Ils étaient devenus confiants et prêts pour les défis à venir. Nous allions tous chérir les souvenirs de leur séjour, les rires et les malentendus rigolos, leur mélancolie quand leur pays leur manquait et les aventures que nous avons poursuivies. Mais ce qui m’a le plus touché, c’était leur inspiration de donner au suivant, tout comme j’avais fait pour eux. Le cercle de la vie a fait son tour complet.

À ce moment-là, je devais avoir une expression de tristesse parce qu’ils se sont arrêtés et l’un d’eux a fait une blague pour ramener la gaieté. Nous nous sommes promis que nous nous reverrions. 

Nous sommes maintenant en juin 2017. La dernière année est passée comme un éclair et ma thèse a accaparé tout mon temps. Une conférence de recherche m’a amenée à Beijing et j’ai profité de l’occasion pour prolonger mon séjour pour visiter mes (anciens) stagiaires – maintenant ils ont la chance de me guider au sein de leur monde. Alors que j’attends de récupérer mes bagages à l’aéroport international de Beijing, je me demande où la vie a mené mes anciens stagiaires – heureusement, je vais le savoir dans dix minutes.

Nos retrouvailles sont euphoriques : cris de joie, embrassades et même quelques larmes. J’étais ravie de voir chacun des étudiants et ils ont très hâte de me faire découvrir leur pays. Je pouvais ressentir leur fierté pendant qu’ils me faisaient visiter leurs campus. Le point culminant du voyage est notre visite de la Grande Muraille : ses centaines de kilomètres de murailles, de marches et de tours de surveillance m’impressionnent.

Au cours de merveilleux jours, je constate personnellement à quel point mes anciens stagiaires exhibent de la confiance, de la maturité et de l’expérience. Ils poursuivent tous des études supérieures et trois d’entre eux retourneront au Canada pour étudier à l’Université de la Colombie-Britannique, à l’Université de Calgary et à l’Université McGill respectivement. Alors que je fais la file à l’aéroport international de Shanghai-Pudong, en attente de mon vol vers le Canada, je ressens une immense fierté : mes stagiaires Mitacs sont devenus de véritables étudiants des cycles supérieurs, équipés pour réaliser de la recherche dans plusieurs établissements de premier plan. Je suis certaine que chacun d’eux deviendra un joueur inestimable dans son champ respectif, et j’espère qu’ils se souviendront de leurs débuts et qu’ils redonneront à la prochaine génération d’étudiants.

Deux ans et trois continents après mon expérience Mitacs initiale, j’ai réalisé combien j’ai grandi sur le plan personnel et professionnel. Ma vision s’est élargie pour inclure du leadership, de la sensibilité aux différences culturelles et de l’intelligence cognitive. Nos échanges au cours du programme et au-delà de celui-ci nous ont permis, à mes stagiaires et moi d’acquérir de la maturité, d’élargir nos réseaux, de perfectionner nos compétences et de devenir des citoyens du monde. Je serai à jamais reconnaissante pour tout cela.

Au moment où les escaliers mécaniques s’apprêtent à me débarquer dans la zone de sécurité de l’aéroport, j’ai à peine le temps de crier : « On se revoit bientôt au Canada! »

 

 

 


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Heather Young
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